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La journée à l'envers : des petits défis pour ouvrir les yeux (et le coeur)
Comment parler différence, handicap et diversité aux enfants sans grand discours ni gêne ? En jouant. Voici une série de défis tout bêtes qui font comprendre, mine de rien, que personne ne fait les choses tout à fait pareil.
Un jour, ma fille de 6 ans m'a demandé, très fort et dans une file d'attente silencieuse, pourquoi le monsieur devant nous était « assis dans une poussette de grand ». J'ai fait ce que font tous les parents dans ce cas : j'ai souri bêtement en cherchant mes mots pendant que mon chocolat chaud refroidissait dans ma tête. La vérité, c'est qu'on aimerait tous parler différence à nos enfants, mais qu'on ne sait jamais trop par où commencer. Alors on ne commence pas. Sauf qu'à cet âge, les grands discours passent au-dessus de la tête. Ce qui marche, c'est de faire.
J'ai donc bricolé chez moi une sorte de « journée à l'envers » : une série de petits défis où on dessine avec la bouche, où on lit avec les doigts, où on fabrique sa vraie couleur de peau. Rien de triste, rien de moralisateur. Juste des jeux qui, l'air de rien, font dire à l'enfant « ah oui, tout le monde ne fait pas comme moi ». Et ça, c'est déjà l'essentiel.
L'idée en une phrase
On ne cherche pas à « imiter un handicap », ce serait maladroit et un peu faux. On cherche juste à faire vivre l'idée que la différence existe, qu'elle est normale, et qu'on peut arriver au même but par mille chemins.
Explorer les sens autrement
Le plus simple pour démarrer, c'est de jouer avec les sens. On enlève la vue, on bloque les mains, on change les règles, et l'enfant découvre tout seul que son corps n'est pas la seule façon de faire les choses.
- Peindre sans les mains, avec le pinceau tenu dans la bouche ou coincé au pied. On rit beaucoup, puis on regarde les tableaux et la discussion sur le handicap moteur vient toute seule.
- Dessiner dans le noir ou reproduire un objet qu'on n'a fait que toucher au fond d'un sac. Une jolie porte d'entrée pour parler de la vue et de ceux qui ne voient pas.
- Fabriquer des lunettes rigolotes qui brouillent, colorent ou rétrécissent le champ de vision, juste pour explorer à quel point regarder n'a rien d'évident.
Lire et écrire autrement
On oublie souvent qu'écrire, ce n'est pas forcément avec un stylo sur une ligne. Découvrir qu'on peut lire avec les doigts, ça fascine les enfants.
- Écrire son prénom en braille avec des gommettes en relief. Mon grand de 8 ans a passé une heure à coder les prénoms de toute la famille, chien compris.
Comprendre que « pareil » ne donne jamais pareil
Voici mes préférées, parce qu'elles marchent encore mieux à plusieurs, entre frères, soeurs ou copains. Elles démontrent, preuve à l'appui, que la même consigne donne autant de résultats qu'il y a d'enfants.
- Dessiner le même monstre à plusieurs : consigne identique pour tout le monde, et pourtant zéro monstre identique. Imparable.
- Dessiner avec une règle absurde : chacun pioche une contrainte différente, puis on crée ensemble. On parle sans en avoir l'air des aménagements, ces petits coups de pouce différents pour chacun.
- Peindre sa vraie couleur de peau : on mélange la peinture jusqu'à trouver SA teinte, et on comprend vite qu'un crayon « couleur chair » n'a aucun sens.
- Créer des cheveux en mille matières : laine, coton, raphia, fil chenille, pour des portraits aussi variés que la cour de récré.
Dessiner le même monstre à plusieurs
Dessiner avec une règle absurde
Peindre sa vraie couleur de peau
Créer des cheveux en mille matièresEt si on changeait le monde (en carton) ?
Le clou du spectacle, c'est de passer de « je comprends » à « je fais quelque chose ». On construit une ville, on y installe un personnage en fauteuil, et on regarde s'il peut aller partout. Spoiler : non. Alors on ajoute des rampes, des ascenseurs, des chemins plus larges.
- Construire une ville accessible en Lego ou en carton. C'est l'activité qui a le plus marqué mes Épices : ils regardent désormais les trottoirs d'un autre oeil.
Comment en parler sans se prendre les pieds dans le tapis
Pas besoin d'un doctorat. Trois réflexes suffisent. Un : reste factuel et léger, « son corps marche différemment, c'est tout ». Deux : ne force jamais la comparaison larmoyante, l'idée n'est pas de plaindre mais de comprendre. Trois : laisse l'enfant conclure lui-même, ses phrases valent tous les discours. Et si tu bloques sur la façon de lancer une activité qui a l'air « sérieuse », va lire l'art de vendre une activité à son enfant, ça marche aussi pour celles-là.
Tu peux tout enchaîner sur une après-midi pluvieuse, ou en piocher une de temps en temps. Choisis ton défi dans les activités créatives et lance-toi. Le plus dur, c'est de commencer. Après, ce sont eux qui te réclament la suite.







